On entend dire la ville « exclut », la ville « produit », la ville « agit »… : les villes ne se donnent pas en soi, elles sont le fruit de l’histoire, elles sont produites par les acteurs économiques, politiques et sociaux…
Il est un « acteur », particulièrement central, dont la place n’est pas toujours envisagée comme telle, c’est le citoyen ou l’usager - on peut dire aussi citadin ou habitant. Dans le système actuel de démocratie représentative, la volonté des citoyens s’exprime par la médiation de représentants élus ; ils incarnent la volonté générale et décident des politiques publiques à mettre en place. Ce mode de gouvernance est mis en cause et appelé à évoluer.
Les institutions souffrent d’un déficit de légitimité, elles paraissent, bien souvent, trop éloignées des gens, trop indépendantes à l’égard de leur contrôle. L’espace urbain se reconfigure et s’adapte aux mutations technologiques et économiques, mais une partie croissante de la population est reléguée à la marge. Un certain nombre de citadins revendiquent activement le droit de participer aux affaires publiques et d’agir sur les mécanismes de production de la ville. En filigrane de leurs mobilisations, actions, participation, ils lancent une question pertinente, que nous souhaitons explorer ici : « A quoi ressembleraient des politiques publiques faites avec et pour les habitants ? »
C’est de droit à la ville dont il est question ici ; du droit d’y être présent et de participer à son aménagement et à sa gestion mais aussi du droit de bénéficier d’un cadre de vie de qualité (accès aux équipements, aux services publics…). Les citoyens aspirent à la refondation de pouvoirs démocratiques et respectueux de leurs droits. Des espaces d’exercice de démocratie plus directe, immédiate et participative existent d’ores et déjà. La ville est un formidable laboratoire d’actions collectives, c’est sans doute à cette échelle que se transforme véritablement l’action publique. En partant de ces initiatives, il nous faut réfléchir aux modalités qui favorisent l’association de la population à tous les secteurs de production de la ville.
Ainsi à travers ce thème « démocratie urbaine », nous allons explorer la relation entre la ville et la démocratie, en portant une attention particulière à la place des habitants et/ou des citoyens dans la fabrication de la ville. L’action citoyenne se déploie à différentes échelles (rue, quartier, ville, région) et dans de nombreux domaines (logement, transports, discriminations, emploi…). La question de la régulation citoyenne des politiques publiques est donc présente dans les autres rubriques de Citego (Transports, Logement et Habitat, Ville pour tous…).
Débattre de la démocratie urbaine
C’est concrètement dans le contrôle de la gestion urbaine des villes, que nombre de citoyens veulent s’impliquer : des luttes urbaines des années 70, à la multiplication des associations de quartiers, des débats publics, des tables de concertation… Qu’elle soit réclamée par les citoyens ou proposée par les collectivités, la participation, en se diffusant, montre que la démocratie représentative a ses limites. Un premier dossier propose de revenir sur la relation démocratie représentative / démocratie participative et sur les enjeux liés à cet « impératif de participation ».
Par ailleurs, si la citoyenneté est définie par les lois de la République, la citoyenneté urbaine (citadinité) s’organise localement. Elle renvoie directement et « in situ » à la question du vivre ensemble et à l’intérêt général : participation aux décisions qui concernent la ville, le quartier, droits à bénéficier de services publics municipaux, d’un logement, des services d’éducation. Cette citadinité suppose que s’exerce en plus de la démocratie représentative, une démocratie participative.
Un deuxième dossier se propose d’explorer la relation entre urbanité et citoyenneté : comment s’exerce la citoyenneté dans la ville ?
Un troisième dossier prend l’angle du quartier : de quelle citoyenneté, le quartier est-il porteur ? Comment intervenir à cette échelle sans négliger la relation à la ville et au monde ?
Pratiquer la démocratie urbaine : la participation des citoyens aux décisions
La ville est un formidable laboratoire : des expériences de participation voient le jour, aux échelles du quartier et de la ville, un peu partout dans le monde. La participation des habitants prend des formes différentes (selon qu’elle est instituée (top-down) ou revendiquée (bottom up) mais toujours la forme d’une action collective à laquelle il convient d’être attentif. La participation, certes très à la mode, est pour autant un discours et une pratique qui renouvellent nos manières de faire la ville (coopération, mise en réseau, adaptation des services publics…).
Le premier dossier revient sur les différentes formes de la participation (luttes et négociations, concertation et information, participation, codécision, cogestion) et les conditions indispensables à la mise en place d’un partenariat entre les citoyens et les pouvoirs publics, voire d’un partage de la décision.
Le deuxième dossier met en avant la portée et les limites des dispositifs de participation formalisés par la puissance publique, tout en proposant un certain nombre d’expériences « instituées », aux échelles du quartier et de la ville.
Le dernier dossier montre que la participation est aussi réclamée par des citoyens organisés, des mouvements qui luttent pour la reconnaissance d’un certain nombre de droits, dont celui d’être partie prenante des projets d’aménagement et des politiques publiques qui les concernent. Ces mobilisations et ces actions collectives visent à renverser un rapport de force jugé comme étant défavorable aux citoyens. Il arrive parfois qu’elles aboutissent à la mise en place d’espaces de concertation ou de participation formalisés.
Transformer l’action publique : à quelles conditions ?
Faire avec les habitants suppose qu’ils soient partenaires dans la préparation, le suivi et l’évaluation de la décision publique (en ce sens, la réflexion est liée à celle sur la gouvernance urbaine), cela demande à la puissance publique de transformer ses représentations, ses compétences, ses métiers, ses habitudes. Cela nécessite de reconnaître l’expertise d’usage des habitants / usagers et de savoir l’intégrer dans la définition et l’évaluation des politiques publiques. Parfois l’intervention d’un tiers médiateur est nécessaire, particulièrement quand le dialogue est fragilisé ou rompu…
Comment impliquer les habitants dans les décisions ? Comment se faire entendre par les décideurs ? Comment faire en sorte que les gouvernants entendent les gouvernés et transforment leurs pratiques dans la prise de décision ? Ce sous-thème répond à ces questions.
Le premier dossier porte sur la reconnaissance de la parole et de l’expertise des habitants, présupposé essentiel dans la conduite de politiques publiques participatives.
Le second dossier montre que les institutions font souvent appel à des tiers extérieurs, qui animent la médiation entre les représentants des pouvoirs publics et les citoyens. Cette nouvelle compétence est particulièrement efficace dans des situations de crise et de rupture de dialogue, encore faut-il que le cahier des charges soit précis, et la coopération reconnue comme venant enrichir le projet urbain.