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La ville pour tous

Dans un contexte d’urbanisation rapide et sans interruption, d’accentuation de la mondialisation financière, la ville devient le lieu manifeste des tensions. C’est l’espace où se projettent des rapports sociaux de plus en plus tendus et inégalitaires.

Au Sud et au Nord, les émeutes urbaines sont liées à la paupérisation des villes (ou de morceaux de villes) et à l’abandon des politiques de solidarité et de lien social aux niveaux national et local. Les politiques urbaines néolibérales promues par la Banque Mondiale et le FMI ont eu un impact direct sur les villes et leurs habitants.

Beaucoup de villes sont confrontées à la montée des inégalités sociales et territoriales, voire à des tendances sécessionnistes tandis que l’étalement urbain ne cesse de s’amplifier. Elles mettent en œuvre des projets de rééquilibrage, en matière de transports, d’emploi, de logement… (voir les autres rubriques de Citego), elles essaient d’enrayer les phénomènes d’exclusion, de stigmatisation, de fragmentation.

Dans cette partie, nous allons nous consacrer à cette question : Comment les divers acteurs (élus, fonctionnaires, militants, acteurs privés) définissent-ils les enjeux liés au développement urbain et aux formes urbaines de l’exclusion ? Comment continuent-ils à penser et à organiser la ville pour le bien du plus grand nombre ?

Car, le premier objectif de l’aménagement urbain, et devrait-on dire, des aménageurs (élus, techniciens, professionnels) est bien d’assurer à tous l’effectivité d’un droit à la ville, c’est à dire la possibilité, pour tous, de jouir d’un cadre de vie de qualité, de circuler librement, de choisir selon ses moyens son lieu d’habitation, d’accéder aux services individuels et collectifs de son choix. C’est organiser une ville belle, commode, saine et respectueuse de l’environnement.

L’urbanisme et l’aménagement prennent ici la première place, ils produisent l’espace auquel s’identifient les citadins, ils allouent des avantages à ceux qui en ont le plus besoin et la tâche est immense dans un contexte de croissance urbaine exponentielle. Comment orienter, accompagner, planifier la croissance urbaine pour que la ville demeure inclusive ?

Dans les réponses à apporter, il faut bien sûr prendre en considération le fait que les utilisateurs de la ville réclament un droit politique fondamental, celui de participer à la cité, à son organisation et à sa conception (voir rubrique démocratie urbaine).

    • Exclusion, inclusion : comment faire la ville pour tous ?

      Inégalité, exclusion, ségrégation, discrimination, stigmatisation : peut-on distinguer ces concepts selon les formes, les raisons et les étapes de leur apparition, selon la gravité du problème qu’ils évoquent, par rapport aux structures de la société et de l’économie qui les génèrent ?

      Ces terminologies sont bien sûr fort complexes, et, comme nous le montre Jacques Donzelot, leur appréhension change avec les transformations de nos sociétés. Ainsi, la compréhension de l’exclusion varie en fonction de la stabilité des relations salariales et de l’ampleur du phénomène de précarité.

      En parlant d’inégalités, d’exclusion, ou de ségrégation, la question se pose : en quoi ces phénomènes sont-ils propres aux villes, et en quoi sont-ils des phénomènes généraux de la société ? Y a-t-il une caractéristique urbaine de l’inégalité, de l’exclusion ?

      D’un côté, on assiste à la marginalisation ou à l’exclusion de certains groupes de la société : les retraités, les immigrés, les jeunes, les pauvres, etc.

      D’un autre côté, ces logiques s’inscrivent dans l’espace urbain : la formation de quartiers défavorisés, la ghettoïsation, l’évolution des flux migratoires (du centre vers la périphérie ou inversement), la gentrification, la formation de quartiers fermés etc.

      Finalement, les formes urbaines peuvent aiguiser à leur tour les inégalités.

      Nous avons tendance à attribuer les phénomènes d’exclusion au système libéral, voir néolibéral à l’œuvre dans nos villes, aujourd’hui. Or il ne faut pas oublier que d’autres systèmes politiques ont engendré des formes d’exclusion urbaine. Citons l’exemple des villes de l’est européen, où malgré le manque de foncier, avec la prédominance de l’État et des politiques officielles « égalisatrices » pendant la période socialiste, le tissu urbain porte encore les marques de l’exclusion des minorités ethniques, de la pauvreté urbaine ou encore de la mise en position favorisée de certaines groupes sociaux…

      Dans ce thème que nous avons intitulé « La ville exclusive : les formes urbaines de l’exclusion », les dossiers traiteront des aspects sociaux et spatiaux des inégalités et de l’exclusion urbaines.

    • Renouvellement, réhabilitation et rénovation de l’urbain

      Renouvellement, réhabilitation, rénovation – ces concepts ont des significations souvent différentes selon les pays. Le caractère relativement flou du concept rend difficile le traitement de cette question.

      Dans la terminologie française, la réhabilitation renvoie aux aspects physiques de la requalification d’un bâtiment ; le renouvellement urbain à une intervention complexe et intégrée dans un quartier. La rénovation urbaine est une notion plus récente, liée aux politiques d’intervention complexes en matière de réhabilitation et de renouvellement urbain au sein de l’Anru (Agence nationale de la rénovation urbaine).

      Urban regeneration, ce terme anglais contient l’ensemble des procédures de la requalification urbaine, qu’ils soient les fruits d’une intervention politique volontariste ou bien du développement spontané d’un territoire…

      De toute évidence, ces trois concepts renvoient au phénomène de la requalification – physique ou complexe – d’un quartier ou de l’ensemble d’une ville. Et si ce sujet est traité dans la rubrique « logement » de ce site, c’est parce qu’une politique de rénovation urbaine ou de urban regeneration est avant tout en relation avec les politiques de logement ; elles peuvent influencer le marché du logement (les prix, la valeur de l’immobilier et du foncier…), l’état du parc de logements, la composition des habitants, ou la qualité de l’environnement… La rénovation urbaine est ainsi un outil permettant aux pouvoirs publics d’intervenir et d’influencer l’évolution du parc de logements privé…

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